Adaptations - Festival de Cinéma

Rencontre avec Jean-Charles Gaudin

27/03/2015 - Lu 1464 fois
Quand le 7e Art rencontre le 9e Art. Dans le cadre du festival Adaptations, nous avons rencontré Jean-Charles Gaudin, scénariste de bande dessinée et réalisateur.
Il sera présent samedi 4 avril :
à 10h30 à la médiathèque
à 21h au Cinémovida

En amont de sa venue sur Cholet, samedi 4 avril, dans le cadre du festival Adaptations, Joël Leroy et Frédérique Biron, membres de l'association ont rencontré Jean-Charles Gaudin chez lui pour parler Bande dessinée, cinéma et adaptations.

Jean-Charles Gaudin - Interview vidéo

Jean-Charles Gaudin - Interview

Dans vos albums, on vous voit évoluer dans différents univers, aussi bien en S-F(Les arcanes), qu’en Fantasy (Marlysa) ou en médiéval (Les enquêtes du Mystérium).
Jean-Charles Gaudin est il un rêveur hors du temps ?


Rêveur, oui.
Pour écrire, il faut forcément être rêveur.
«Hors du temps», pas forcément parce que si on parle de l'aspect contemporain, oui, ce côté là m'intéresse puisqu'il ya des séries comme «vigilante» où encore «l'ombre du cinéphage» qui se déroulent à notre époque.
Par contre, j'aime bien y mettre une touche de fantastique, raison pour laquelle le fantasy et le médiéval reviennent souvent dans mes séries, c'est vrai.

Cyril Trichet sur «les Arcanes du Midi Minuit», Jean Pierre Danard sur «Marlysa», le choix du dessinateur pourrait t’il vraiment influer sur le succès de vos séries ?

Oui, grand oui.
Si d'autres dessinateurs  avaient dessiné les «Arcanes...» ou «Marlysa», le résultat ne pourrait de toute façon pas être à l'identique.
Certaines séries se sont créé une identité par le biais de leur dessin.
Dans le cas de «Marlysa», nous avions fait un essai avec un dessinateur qui avait un trait plutôt «réaliste».
C'était intéressant parce que graphiquement, nous allions vers un univers qui ressemblait un peu à celui de Conan le barbare.
Pour le coup, si nous avions continué, nous aurions évolué vers des choses plus dures, plus «adultes», et la série aurait irrémédiablement changé d'identité, donc de lectorat.          
Avec Jean Pierre Danard pour «Marlysa», on a un dessin plus orienté vers les enfants, les scénarios s'adaptent donc pour une meilleure adéquation.
L'oeuvre doit absolument aller de pair entre le scénariste et le dessinateur.
Par contre, je reste persuadé que les séries qui fonctionnent plaisent prioritairement grâce au graphisme, l'idéal serait donc de pouvoir choisir son dessinateur, ce qui est malheureusement difficile à chaque fois.
Ainsi, certains scénaristes ont construit leurs notoriété en fonction du tandem avec lequel ils ont travaillés.  

Réservez vous différents univers pour différents registres? (comme les romans graphiques , pour les courts métrages, à titre d’exemple).


C'est le même scénariste pour les deux univers (sourire) , aussi bien BD que Court Métrage.
Pour ce qui est de la réalisation filmée, il est très compliqué de de faire ce que l'on veut par rapport à l'écrit, pour une raison  évidente de budget.
Bien sûr, cela doit être confortable d'avoir cette  possibilité,mais malheureusement, les financements sont la clé maitresse de l'histoire, ceci expliquant cela.
Un court métrage coûterait une fortune en réalisation si l'on voulait reproduire l'intégralité d'un album.
Ainsi, la Bande Dessinée ( ou le roman) sont forcément plus «développés» en terme d'histoire.
C'est un peu un échappatoire pour le scénariste, ou là, il peut s'exprimer pleinement.         

Y a-t-il des «terrains» de scénario sur lequel vous voudriez vous essayer ? le polar ? la comédie ?

Dans mes Courts-Métrages « Phénix» et «Vigilante»,on retrouve un peu l'univers du polar.
C'est quelque chose qui me plait beaucoup, j'ai d'ailleurs plusieurs projets dans mes cartons.
L'univers autobiographique m'attire également, la  difficulté étant de trouver un dessinateur
avec lequel nous partagerions les mêmes sensibilités.
Encore une fois, l'alchimie doit être partagée entre les deux auteurs.
C'est dans ces cas là que j'adorerais savoir dessiner, ce qui n'est malheureusement pas le cas.
Sinon, je pourrais aller dans des relations plus personnelles.
Tout les genres m'intéressent.
En ce qui concerne la comédie, j'avais fait un essai avec Cyril Trichet sur une série qui s'appelait "Les Mac Fox".
La série n'avait pas fonctionnée, et elle a donc été arrêtée.
Pourtant, le côté comique, j'ai beaucoup aimé, dommage!!
Ce que je ne veux pas, aussi bien pour les courts-métrages que pour la Bande Dessinée, c'est être «classé» dans une catégorie de genre trop hermétique.              

Y a-t-il des différences entre la construction d’un scénario de Bande Dessinée et celui d’une production filmée ?

Oui, bien évidemment.
Pour les raisons  de coût évoquées précédemment, il apparaît obligatoire de couper certaines séquences du livre.
Dans un album, on peut se permettre des libertés visuelles qui ne sont pas compatibles avec le format d'un film  sauf si, évidemment, vous bénéficiez du soutien financier d'un producteur fortuné.
On peut donc plus facilement développer sur le scénario d'un livre.
Les différences d'adaptation en film n'altèrent en rien la qualité de l'ouvrage.
Le plus souvent,il est simplement «différent»,et bien sûr, cela lui apporte une vraie saveur , une vraie identité.

En tant que professionnel, sur quelle adaptation filmée aimeriez vous travailler ?

Si c'était sur un de mes albums, je pense que «L'ombre du cinéphage» donnerait un résultat sympa.
Avec des moyens plus important, «Marlysa»pourrait être spectaculaire, même en dessin animé, j'en suis convaincu.
Dans un autre registre, sur une adaptation existante, j'ai adoré «Stand by me» de Bob Reiner, d'après Stephen King.
Je me suis dit à l'époque que j'aimais tellement ce film que je voulais en faire ma propre adaptation ( sourires).
Je commençais a écrire le scénario que j'apprenais que Bob Reiner le réalisait.
J'ai tout adoré:le roman, l'écriture, le film, enfin tout.
Une réussite parfaite a mon sens.

Après avoir réalisé vos propres courts-métrages , aurons nous la chance de voir Vos séries BD adaptées en grand écran ?

J'aimerai beaucoup mais pour l'instant , je n'ai pas eu de proposition, ce n'est donc pas à l'ordre du jour.
Il faut dire aussi que je ne fais pas de lobbying pour tenter l'aventure.
Peut être serait ce le rôle de mon éditeur d'intervenir auprès des sociétés de production afin de leur  proposer un de mes projets ?
En tout cas, pour l'instant, ce n'est pas le cas.
   
Dans votre œuvre, les personnages féminins occupent une place centrale.

Je pense que ça m'intéresse plus de parler des femmes ou des filles, que de parler seulement des garçons.
Le côté féminin m'intéresse plus parce que peut-être, quand j'étais jeune, je préférais être avec les filles qui parlaient de livres, de culture, de choses comme ça, plutôt qu'avec les garçons qui ne parlaient que de foot, qui me soûlaient.
Moi, le sport, c'était pas mon truc.

Il existe des thématiques récurrentes dans votre travail: la question du double, de l'identité. Pouvez-vous expliquer pourquoi ?

En fait, dans ma famille, je suis l'aîné et j'ai derrière moi deux paires de faux-jumeaux (faites le calcul...(sourires)).
Peut-être que cette fascination du double est venue de là.
Je pense que oui.
D'une certaine manière, je me suis un peu retrouvé seul ,sans double, sans un autre moi.
Je me suis donc dit:«moi, je suis tout seul, et il faut que je me débrouille».
Je suis donc entré dans un univers très liés a la culture, sans sport, sans foot, sans double.
Je lisais beaucoup, tant des romans que des BD.
J'allais beaucoup au cinéma.
Cela a dût influer sur mes fascinations à venir probablement.
Je pense cette thématique du double dans mes histoires a pris sa source à cette période (sourire).  


© Propos recueillis par Joël Leroy et Frédérique Biron, 14/02/2015